Rédigé par Florence Trocmé le mardi 27 septembre 2011 à 11h03 dans Evènements | Lien permanent
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Les articles publiés dans Poezibao cette semaine :
(tous les éléments soulignés bleus donnent accès aux articles, directement, par simple ou double clic).
« Anthologie permanente »
Laurent Albarracin
Amelia Rosselli
Paol Keineg
Françoise Ascal
Marcel Migozzi
Feuilleton (Liliane Giraudon)
"Le Retour d'Arkadina" de Liliane Giraudon, 11/13
"Le Retour d'Arkadina" de Liliane Giraudon, 12/13
"Le Retour d'Arkadina" de Liliane Giraudon, fin (avec un fichier PDF de l’intégralité du feuilleton à télécharger à partir de cette page)
Notes de lecture
"Khôl" d'Isabelle Ménival, par Bruno Fern
"Retour à Nantes" et "Terminus Rennes" de Jacques Josse, par Antoine Emaz
fiches bio-bibliographiques
Laurent Albarracin
Dernières parutions : livres reçus par Poezibao
[Poezibao a reçu] n° 216, samedi 2 juin 2012
•Liliane Giraudon, Les pénétrables, P.O.L., 2012, 20,50€, + ici
•Jean-Joseph Rabearivelo, œuvres complètes, Tome II, Le poète, le narrateur, le dramaturge, le critique, le passeur de langues, l’historien, édiction critique coordonnée par Serge Meitinger, Laurence Ink, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, coll. Planète libre, éditions du CNRS, 1788 p., 2012, 35€, + ici
•Revue Europe, n° 998-999, juin 2012, dossier « Jacques Dupin », 18,50€
•Patrice Delbourg, Longtemps j’ai cru mon père immortel, Le Castor Astral, 2012, 15€
•Sylvie Brès, Une montagne d’enfance, La rumeur libre, 2012, 11€, + ici
•Taha Muhamad Ali, Une migration sans fin, poèmes traduits de l’arabe (Palestine) par Antoine Jockey, édition bilingue, coll. Le Siècle des poètes, Galaade éditions 2012, 21€, + ici
•Pierre Soletti, Amélie Harrault, Je dirais que j’ai raté le train, Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2012, 7€, + ici
•Anna de Sandre, Un régal d’herbes mouillées, Éditions les Carnets du Dessert de Lune, 2012, 12 €, + ici
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 02 juin 2012 à 10h08 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao.
•Liliane Giraudon, Les pénétrables, P.O.L., 2012, 20,50€, + ici
•Jean-Joseph Rabearivelo, œuvres complètes, Tome II, Le poète, le narrateur, le dramaturge, le critique, le passeur de langues, l’historien, édiction critique coordonnée par Serge Meitinger, Laurence Ink, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, coll. Planète libre, éditions du CNRS, 1788 p., 2012, 35€, + ici
•Revue Europe, n° 998-999, juin 2012, dossier « Jacques Dupin », 18,50€
•Patrice Delbourg, Longtemps j’ai cru mon père immortel, Le Castor Astral, 2012, 15€
•Sylvie Brès, Une montagne d’enfance, La rumeur libre, 2012, 11€, + ici
•Taha Muhamad Ali, Une migration sans fin, poèmes traduits de l’arabe (Palestine) par Antoine Jockey, édition bilingue, coll. Le Siècle des poètes, Galaade éditions 2012, 21€, + ici
•Pierre Soletti, Amélie Harrault, Je dirais que j’ai raté le train, Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2012, 7€, + ici
•Anna de Sandre, Un régal d’herbes mouillées, Éditions les Carnets du Dessert de Lune, 2012, 12 €, + ici
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 02 juin 2012 à 10h01 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
Un étang comme si
On avait étalé des tentures d’alcôve
Sur l’eau morte (mon œil !
Dessous ça vit de nostalgie à voix très basse)
Et dessus (est-ce la nuit ?) les arbres couchent
Avec l’étang, ah la Sologne
C’est tellement un livre lu dans l’enfance d’un soir
(Va-t-il pleuvoir ?) Les ombres
font déjà silence
•
Au profond d’un étang, imaginez
L’argile qui attend qu’on lui souffle le vivre.
Vous y êtes ?
Alors vous êtes cette argile, c’est
La règle, pas de hiérarchie,
Rien d’imposé par le contemporain mais vivre
Et Vive l’inactuel, l’argile, l’étang, la beauté
Et vous y êtes.
•
Le moi c’est qui ? C’est si obscur.
Lui préférer l’étang une motte de terre
Une écorce de pin, moins encore
Une trace un reflet sur papier, c’est plus clair.
Lui préférer l’humus ou l’homme silencieux
C’est tout comme, où serait
La différence dans une forêt ?
Marcel Migozzi, Empreintes (emprunts), peintures acrylique d’Alain Boullet, Éditions Thésaurus colori, 15€, pp. 10 à 14.
Marcel Migozzi dans Poezibao : Bio-bibliographie, Vers les fermes, ça fume encore (parution), extrait 1, un article de M. Monte, ext. 2, Cité aux entrailles sans fruits (par F. Trocmé), ext. 2
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 01 juin 2012 à 07h59 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Poezibao termine aujourd'hui la publication en feuilleton de Le Retour d’Arkadina, une pièce de Liliane Giraudon, en 13 épisodes. Voir ici l'avertissement de Liliane Giraudon. (épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12) • un fichier pdf de la pièce intégrale est proposé en téléchargement avec cette dernière parution.
Derrière la scène, on joue une valse mélancolique.
Elle ôte une broche de sa poitrine et la jette sur la table.
Elle se lève.
Tous sortent à gauche.
Il relit son carnet.
(silence 5)
Il sort, on entend ses pas précipités.
Quelques instants après, il revient vers elle.
Elle pose sa tête sur sa poitrine et sanglote sourdement.
(silence 5)
Elle se rhabille rapidement.
Il la regarde s’habiller.
Un temps.
(silence 10, partition tournée)
A travers les larmes.
Elle l’embrasse dans un élan, et s’enfuit.
Il regarde la mouette.
Derrière la scène, à droite, retentit un coup de feu.
Le coup de feu final tue Alias Trigorine…
Renverser des gouvernements, affamer des peuples, bombarder des civils : « Nous avons nos raisons »…
Macha les mains pleines de sang
Alias Macha :
Il y a deux mois, il y avait un article… « les femmes en mal d’homme comme les animaux domesticables… ».
Éloignez Nina, on vient d’assassiner Trigorine.
« Tout contenu amoureux étant défini comme l’intestin grêle de l’art, nous avons consommé la mort comme la mort du futur »
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 01 juin 2012 à 07h50 dans Feuilleton | Lien permanent
Les deux livres se font écho, pas seulement par leurs titres et leurs dates de publication : ils sont profondément jossiens. Le premier paragraphe de Retour à Nantes me fait vraiment penser à cet accord initial que peut plaquer un guitariste de rock ou un pianiste de jazz pour lancer le morceau et dire qu’il est chez lui, avec nous, dans sa musique. « L’après-midi s’étire et s’apprête à glisser ses heures ternes dans la pénombre d’un soir de bruine. C’est un jour lent, presque ordinaire, un jour sans relief apparent qui s’achève. Le ciel s’affaisse simplement un peu plus que d’habitude, roulant sa grisaille lourde au-dessus des champs, des rivières et des hameaux traversés, comme s’il voulait signaler à ceux qui s’activent à ras de terre l’arrivée d’un novembre fidèle à ses principes de deuil pour tous. » (p.2)
Tout est comme posé d’entrée : affairement aussi vain qu’obligé des hommes dans une lumière indécise, et le deuil, l’effacement, au bout. A Nantes, la ville est là, précise, avec ses noms de rues ou de cafés ou de cimetières. Les êtres sont là, observés de façon aigüe autant que brève, ainsi pour ce chien d’un SDF croisé et fixé comme la « dernière image du jour » : « Là, un chien beige et borgne, portant un bandana rouge (avec en motif blanc une tête de mort et deux sabres croisés), s’ébroue en ne lâchant pas le bout de branche qu’il tient dans la gueule. » (p.21) Josse ne décrit pas vraiment, mais il fixe un détail qui impose l’image : ici, par exemple, on ne saura ni la race ni la couleur du chien, mais tout sur le bandana. C’est un peu comme si le regard ne cessait de s’arrêter et de flotter, en même temps. D’où cette impression de vérité, au lieu d’un réalisme construit à la Zola. On est dans la ville, mais on ne s’arrête pas, on « déambule », on « zigzague » : ces deux mots sont fréquents dans les deux livres, autant que « flâner ». Mais il ne faudrait pas prendre ce dernier terme comme une vacance, une dissipation : c’est une flânerie aux aguets, comme si Josse était toujours en repérage du lieu, dans l’attente des fantômes. Cette façon de voir, comme à travers le réel, n’est pas particulière à ces livres, mais à Josse lui-même : tout lieu est possiblement hanté. « Ici comme ailleurs des disparus s’arrangent pour s’immiscer dans les méandres du présent. » (p.18)
A Nantes, ce sont le plus souvent des figures d’écrivains qui apparaissent : Gracq, Vaché, Breton, Cadou, Manoll, Biga, Marc Le Gros, Edith Azam, Joël Bastard, Marc Elder… A Rennes également : Kundéra, Descartes, Kérouac, Pirotte, Bergounioux, Giorno, Perros, Dugué, Pennequin, Landrein, Béothy… On le voit, les anciens côtoient les modernes, les morts les vivants, les connus les méconnus… dans une sorte de longue sarabande en mémoire et en ville : « histoires d’ombres qui se croisent » (p.24), « légers frottements d’ombres »(p.25), qui « ont plus à voir avec un passé ancré en moi qu’avec le décor extérieur lui-même. » (p.29) C’est ce qui touche peut-être plus dans Rennes que dans Nantes ; en tout cas, c’est ce qui distingue les deux villes. A Nantes, Josse est un passant-passeur, un flâneur désireux de croiser « quelques ombres fragiles » (p.6). A Rennes, il est chez lui ; il a habité et habite encore la ville. Cela fait lever d’autres souvenirs, personnels et non plus littéraires. Ainsi pour sa première entrée au tri postal avec les brimades du « Chef (qui n’était, en réalité, qu’un sous-chef) » (p.10). Ou bien l’évocation de la « rue de Suisse » envahie par les grévistes de STMicro durant de longues semaines, « il y a quelques années » (p.27-28). Ou bien encore des personnages familiers comme Monsieur Victor : « Ex-cheminot, il est penché au-dessus du pont de la rue de l’Alma. Il vient là tous les jours. Il scrute les rails, heureux de partir sans partir » (p.37).
Finalement, si la ville, Rennes ou Nantes, est bien au cœur de ces deux livres, c’est comme un théâtre d’ombres. Elle importe moins que les gens, les humains : ils y sont passés, y passent, passeront, mais ce sont eux qui importent, bien plus que toute richesse architecturale, muséale, touristique…
C’est bien cette « mémoire en écharpe » qu’écrit Josse au fil des livres, et dans une certaine urgence. « Je sais qu’un jour prochain, l’amnésie va gagner et tout effacer. Il me reste un peu de temps. » (p.37) Assez pour continuer de fixer ces « souvenirs plus vifs que d’autres qui affleurent. Assemblés, ils forment une grille d’émotions très personnelle en remettant en lumière une date, une présence, une rencontre… » (p.29) Jacques Josse, archiviste du vivant.
[Antoine Emaz ]
Jacques Josse – Retour à Nantes
Editions de la Maison de la Poésie de Nantes – Collection Chantiers navals
24 pages - 5 €
Jacques Josse – Terminus Rennes
Editions Apogée – dessins de Maya Mémin – 60 pages – 9,50€
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 31 mai 2012 à 06h42 dans Notes de lecture | Lien permanent
Françoise Ascal vient de publier Lignées, avec des dessins de Gérard Titus-Carmel (lire cette note de lecture d’Antoine Emaz), aux éditions Aencrages & co.
Ce que je sais, tout le monde le sait. Je ne sais rien que je serais seule à savoir. Et tout ce que j’ai appris je le savais déjà. J’en arrive à douter d’exister. J’en arrive à ne plus savoir si un moi est possible. Si quelque chose à soi est possible. Dans la foule je vous regarde et me reconnais. À des milliers d’exemplaires. Visages d’argile commune. Regards qu’on pourrait croire uniques. Vous-mêmes, sentez-vous parfois votre crâne devenir un lieu de traverse, un corridor ouvert à tous vents, un hall fourmillant, tandis que vos pas sur le sol ne laissent aucune trace, votre chair aucune ombre ?
•
Tu te souviens du mot puits. Autrefois il s’adossait au mot source. Tu le laisses rameuter sa noirceur opulente. Son joyau d’horreur. Secret d’enfance à la verticale de l’été. Enfonçure, appel, étreinte. L’inconcevable nuit, offerte par-delà la margelle. Le sans-fond à ciel ouvert. Œil magnétique, suspendu, oui, entre gouffre et source. Tu oscilles à hauteur d’herbe, prise en tenaille. Soleil et soif, poulie chantante, eau fraîche. Tombeau de cris, raclement d’ongles.
Tu te penches sur d’anciennes haleines.
Un froissement de fougères berce les noyés.
•
Tu marches dans les nervures songeuses du millepertuis, dans les vaisseaux ramifiés de ton cerveau. Les cellules meurent ou prolifèrent, tu ne sais rien du grand chantier.
La forêt n’est pas vierge, la page n’est pas blanche et les chemins n’existent pas.
Tu dois marcher longtemps dans le blanc éblouissement du trop-plein de signes, dans le noir incertain des ombres mêlées.
Les morts en attente, alignés comme des troncs, dressent leurs branches défeuillées.
Tu dois marcher sans t’arrêter.
Sans t’encombrer de mots.
Que rien ne te retienne, si tu veux franchir la passe, si tu espères toucher du doigt l’or de l’énigme.
Françoise Ascal, Lignées, avec des dessins de Gérard Titus-Carmel, éditions Aencrages & Co, 2012, sans pagination.
Françoise Ascal dans Poezibao :
Bio-bibliographie extraits 1, extrait 2, Si Seulement (A. Emaz), Rouge Rothko (E. Emaz), Un rêve de verticalité (A. Emaz), Lignées (A. Emaz)
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 31 mai 2012 à 06h30 dans Anthologie permanente | Lien permanent
7
La cueillette des mûres
c’est la débâcle du mois d’août
à petits geste de couleur
mais oui c’est moi
agenouillé devant les ronces
bras passés dans les orties
les chardons
et je m’assois les doigts pleins de sucre
à écouter la grive
je me lève devant la dame au petit chien
cultivatrice en retraite
à qui la vie n’a pas fait de cadeau
je pourrais lui dire qu’elle est belle
je ne lui dis rien
Marianna ‘r Vod
l’ancien chemin caché par les ronces
pressée
elle reprend sa route vers Penn ar Menez
les mûres dans le saladier en verre
les mûres dans la boîte en plastique
chauffent
terre chiche
faite pour le coup de griffe
se peindre la bouche
se faire les dents noires
je me souviens que tu ne voulais plus
de ton corps
recousu sein perforé
je dormais contre
•
8
A cent mètres du mur
l’oiseau forgeron est l’oiseau de destin
matériau symbolique religion estropiée
la rue en est pleine
tout se nourrit de l’ordinaire
de la rue où tout le monde va aux affaires
roses et cassis en novembre
graines sur catalogue
je suis furieux vivre ici pour ça
rappelle-toi les mauvaises saisons
été printemps
tout ce qui touche à l’histoire du monde
et qui t’observe sans pouvoir parler
toujours la même histoire
l’épanouissement posthume
où un oiseau sans mémoire
plaît aux dieux ravis par la grâce
ça se joue comme au théâtre
j’ai en moi l’amour
du hibou
venu se jeter dans les fils électriques
Paol Keineg, Abalamour, dessins de François Dilasser, Les Hauts-Fonds, 2012, pp.23 et 24
Paol Keineg dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extraits 1, extraits 2, Les Trucs sont démolis (T. Hordé)
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 30 mai 2012 à 09h07 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Poezibao publie en feuilleton Le Retour d’Arkadina, une pièce de Liliane Giraudon, en 13 épisodes. Voir ici l'avertissement de Liliane Giraudon. (épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11) - un fichier pdf de la pièce intégrale sera proposé à la fin de la publication.
A+B+C+D tourbillon chuchoté
Songeuse.
Sifflote puis, d’un ton hésitant.
Avec énergie.
Il rit.
Il sifflote.
Avec des larmes.
Il rit.
Il chancelle.
Il s’appuie à la table.
Effrayée.
Elle essaie de le soutenir.
Elle crie.
Il entre, la tête entourée d’un pansement.
Il sourit et boit de l’eau.
Un temps.
(silence 10, partition tournée)
Peter Pan du cœur ou Peter Pan du cul ! de quoi vous plaignez-vous ?
Emplois réservés, rampes d’accès, numéros verts, SOS femmes battues, épilation intégrale… Qu’est-ce qui vous faut de plus ?
A et B chuchotent le même texte que C et D
Elle prise du tabac.
Elle lui caresse les cheveux.
On joue une valse mélancolique.
(silence 5)
Elle fait sans bruit deux ou trois tours de valse.
(silence 5)
Un temps.
(silence 10, partition tournée)
(Tourbillon moyen)
D’un air coupable.
Avec amertume et dépit.
Il chantonne.
En riant.
Il ne la quitte pas des yeux.
On entend son rire.
Il lui tend la main.
Il ne répond pas, elle a un geste découragé.
En soupirant.
Il salue tout le monde.
Il sort, l’air coupable.
Un temps.
Victimes « innocentes »…Parce que « victimes » ne vous suffit pas ?
(silence 10, partition tournée)
(suite 13 et fin vendredi 1er juin 2012)
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 30 mai 2012 à 09h00 dans Feuilleton | Lien permanent
Ypsilon Éditeur publie Variations de Guerre d’Amelia Rosselli, dans la traduction de Marie Fabre, avec une préface de Jean-Baptiste Para. En savoir plus sur ce livre et/ou en lire un extrait.
Il faut rappeler également qu’Amelia Rosselli fait l’objet d’un dossier dans le numéro d’avril 2012 de la revue Europe (articles de Marie Fabre, Antonella Anedda et Andrea Zanzotto
La rime combinée l’hôtel volait. Nous combattons contre
la révolte inutile. Nous combinons les ustensiles en fer
et en goudron contre la chasteté de l’inconnu. Nous combinons
des mensonges et de fragiles revues d’avant-garde coûteuses
comme les ambitions qu’elle protègent ; nous combinons
chaque vertu en une orageuse tempête d’ironie. La
couturière qui conduisait le peloton à l’exécution éloignait
les passants avec un arbre de paix. Tempête poignard
qui m’amènes la sacristie, écarte-toi de ma tête
limée et retrouve l’hirondelle qui volait très tranquille
dans ses nids d’ironie, dans ses rêves d’allumettes
inquiètes – retrouvant son hôtel de colère
•
Si du jeûne de la rage très fraîchement me relevai
c’était car je courus à la rue. Il valait mieux renvoyer tout
projet d’attentive fermeté pour jeûner plus longuement sur l’herbe
fraîche des étoiles non tombées. Des étoiles filantes dans le désert
acclament la propriété féodale. Hors de toute violence
je contemplais le monde et acclamais la paix perdue. Je retrouvais
les sept plaies. Les plaies du monde rond et recourbé désirant
sur lui-même.
•
J’éventrai le nœud de la question mais l’on me rétorquait
que le coût du grain avait monté. Avec les hirondelles
j’étais solidaire si le grain moisissait. Le long du sentier
emmêlé de mes passions je marchais extasiée.
Quand la réalité vint avec son inaltérable
arbre de la justice moi au fond j’étais presque prête !
Amelia Rosselli, Variations de Guerre, traduction de Marie Fabre, préface de Jean-Baptiste Para, Ypsilon Éditeur, 2012, pp. 83, 150, 178
Amelia Rosselli dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1
Rédigé par Florence Trocmé le mardi 29 mai 2012 à 10h46 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Qui dit poème dit (ou devrait dire) travail de la langue, non pas uniquement par souci de la forme mais pour mieux, par ce travail même, « supporter l’angoisse du Rien, l’absence de la vie »1 et tenter ainsi d’y (re)naître différemment. Si l’on admet cette double nécessité, alors le livre d’Isabelle Ménival, écrit à 14 ans et demi, paraît plutôt prometteur.
D’emblée, la phrase de Proust mise en exergue2 place l’ouvrage sous deux signes contradictoires : celui de la passion amoureuse et celui du détachement ou, du moins, d’une prise de distance que l’écriture prolonge à sa manière. De plus, cette expérience s’est faite ici à travers celle qui mène de l’enfance encore toute proche à un temps où corps et monde sont appréhendés sous d’autres angles – dont certains s’avèrent forcément coupants.
Le texte liminaire précise à la fois l’importance et les limites de ce qui a eu lieu, exposant presque symétriquement le désir d’un parfait alter ego et le deuil d’un tel rêve, les choses étant dites à présent dénouées, sans oublier de souligner à quel point tout fut si précoce : « mes mains se perdent // si petites / dans un si grand écart ». Ensuite – la plupart du temps dans un tutoiement adressé non seulement à l’être aimé mais aussi à un double qui rend peu à peu étranger à ce que l’on croyait être soi – l’histoire est déroulée : « où les désirs / se contractent plus denses / enfin on peut // les lettrer ». Composée d’interrogations, d’accords et de ruptures que le phrasé épouse, entre prose et vers vraiment libres (comptés ou pas, avec ou sans rimes, respectant la syntaxe ou bancals), c’est « une histoire d’inversion / là qui allait chercher dans l’autre inconnu(e) indéterminé(e) / l’enfance interminable ». Elle ne se réduit ni à l’étalage des premiers émois ni à un huis clos puisque cet amour-là ne saurait être pleinement heureux tant il se sait cerné par la rumeur de l’Histoire, par tous ces faits qu’il lui faut – selon l’injonction des dernières pages – regarder et qui touchent autrement au sentiment d’une supposée innocence : « Un journal comme chaque / Fois que Shakespeare s’évapore / Un ou deux morts en Irak / Gaza encore » – surtout quand c’est l’enfance elle-même qui est gravement atteinte à cause de la guerre ou de la misère.
Outre la variété prosodique évoquée ci-dessus, l’écriture possède déjà quelques qualités qui ne sont pas si fréquentes. En effet, I. Ménival évite autant d’adopter la conception tenace d’un lexique prétendument poétique que son contre-pied systématique ; elle sait parfois jouer subtilement avec la langue (« ma chère / tout se désincarne ») et faire preuve d’humour, trait particulièrement bienvenu quand le tragique menace : « à travers la fenêtre / le building compresse en tes yeux 462 vies d’assiettes qui volent de rideaux tirés et des roses // tu te sens encore très loin du trottoir qui s’approche ».
Au bout du compte, ce livre aura probablement contribué à la quête d’une identité, non pas au sens d’un devenir adulte figé mais plutôt d’une immaturité assumée qui refuserait les masques : « je te dis cela / en riant parce que je n’ai plus peur / mon corps n’est plus qu’un fil / je ne tiens plus qu’à ça » – bref, d’une fragilité suffisamment forte.
[Bruno Fern]
1Jude Stéfan, Variété VI.
2 « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! », Du côté de chez Swann.
Khôl, Isabelle Ménival, éditions Argol, avril 2012, 15 €
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 28 mai 2012 à 10h45 dans Notes de lecture | Lien permanent
Laurent Albarracin publie Le Secret secret aux éditions Flammarion.
La clef n’ouvre par la clef.
Au contraire :
La clef fait comme une serrure autour de la clef.
•
La roue s’engendre sans cesse
de ne pas pouvoir se dérouler
ni sortir du ventre de la roue.
la roue est prisonnière de la roue
et ne connaîtra jamais du monde
que la grande roue de la route.
les rayons de la roue
n’éclairent que du moyeu
jusqu’à la jante.
la roue ne peut
pas ne pas
se répéter.
Si la roue évoluait
ce serait la fin de la roue
et de la perfection.
Et si la roue mourait
sa tête viendrait encore
à tomber entre ses cuisses
•
Les yeux s’enquillent
lancent un millier de paupières
qui sont comme des gonds
apportés à tout.
Où qu’ils aillent ils font
faille, jointure et pelle.
Et son huilés de lumière.
•
La rivière et les galets
roulent la rivière et les galets
les pierres entre elles
parlent de sève et de lumière
Cela s’écoule
comme lavé
de s’écouler
Qu’est-ce qui dans la chose
lâche et ose ?
Laurent Albarracin, Le Secret secret, Flammarion, 2012, p. 11, 13, 37, 107.
Laurent Albarracin dans Poezibao :
Bio-bibliographie, Pierre Peuchmaurd, témoin élégant (parution), entretien sur la collection le Cadran Ligné
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 28 mai 2012 à 10h30 dans Anthologie permanente | Lien permanent
La tautologie est selon moi le sommet caché, impossible, de la poésie. Par elle, on voit que « les choses sont ce qu’elles sont » et que cela n’est pas rien. Par elle, on voit que les choses sont valables aussi pour elles-mêmes.
(Laurent Albarracin, ici)
Laurent Albarracin est né en 1970. Il publie ses premiers poèmes dans de petites structures éditoriales : ces premiers textes seront pour l’essentiel réunis dans Le Verre de l’eau, en 2008. Parallèlement, il participe à l’aventure du Jardin ouvrier, la revue d’Ivar Ch’Vavar (1995-2003). Il tient une chronique de poésie sur le site de Pierre Campion et anime les éditions Le Cadran ligné.
Bibliographie
Les jardins nucléaires, L’Air de l’eau, 1998.
Le feu brûle, Atelier de l’Agneau, 2004.
Résolutions, Myrddin, 2004.
Vingt-sept sonnets, Ikko, 2005.
Le secret secret, dessins de Georges-Henri Morin, Les Éditions de surcroît, 2006.
De l’image, L’Attente, 2007.
Pierre Peuchmaurd, témoin élégant, L'Oie de Cravan, 2007.
Cartes sur l’eau, Simili Sky, 2008.
Le Jardin ouvrier, (anthologie), Flammarion, 2008.
Le Verre de l'eau et autres poèmes, le corridor bleu, 2008.
Louis-François Delisse, Éditions des Vanneaux, 2009
Explication de la lumière, Dernier télégramme, 2010
Le Déluge ambigu, illustré par Jean-Pierre Paraggio, Collection de l’umbo, 2010
Pierre Peuchmaurd, Éditions des Vanneaux, 2011
Le poirier, illustré par Pierre Bessompierre, Collection de l’umbo, 2012
Le Secret secret, Flammarion, 2012.
Résolutions, L’Oie de Cravan, 2012.
sitographie
fiche sur l’auteur (Wikipédia)
Note de lecture de Le Secret secret, par Pierre Campion
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 28 mai 2012 à 10h26 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent
Poezibao publie en feuilleton Le Retour d’Arkadina, une pièce de Liliane Giraudon, en 13 épisodes. Voir ici l'avertissement de Liliane Giraudon. (épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) - un fichier pdf de la pièce intégrale sera proposé à la fin de la publication.
(A et B chuchotent le même texte que C et D)
Riant.
Effrayée.
Suppliant.
Les larmes aux yeux.
Elle lui serre la main et sort rapidement.
Frottant l’une contre l’autre ses mains engourdies.
Elle le prend par le bras.
Il lui serre vigoureusement la main et l’étreint brusquement.
Avec impatience.
Au désespoir.
A travers les larmes.
Avec un soupir.
Elle prise du tabac.
Il lui arrache la tabatière et la jette dans les buissons.
(Silence 5)
Elle est émue.
Elle appuie sa tête contre sa poitrine et dit tout bas.
Avec tendresse.
Un temps.
(Silence 10, partition tournée)
La nature totalitaire du pouvoir économique, c’est un truisme.
(A et B chuchotent le même texte que C et D)
Agacé.
Riant.
Elle se lève.
Elle s’en va d’une démarche paresseuse.
Avec enthousiasme.
Il chantonne.
Il entre. Elle le suit.
Il baise la main des dames.
Agité.
S’emportant.
Elle sort à gauche.
Elle apparaît cueillant des fleurs.
Se levant.
Lui offrant des fleurs.
Un temps.
(silence 10, partition tournée)
Ici, maintenir la servilité par la peur, ailleurs ne pas hésiter à exterminer.
suite (12) le mercredi 30 mai 2012
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 28 mai 2012 à 10h00 dans Feuilleton | Lien permanent
Rappel : agenda, liens, informations sont désormais publiés ici
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Les articles publiés dans Poezibao cette semaine :
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•Jean Miniac
•Anise Koltz
•Christian Prigent
•Charles Juliet
•Henri Droguet
Feuilleton (Liliane Giraudon)
•"Le Retour d'Arkadina" de Liliane Giraudon, 8/13
•"Le Retour d'Arkadina" de Liliane Giraudon, 9/13
•"Le Retour d'Arkadina" de Liliane Giraudon, 10/13
Notes de lecture
•"Terminus Rennes" de Jacques Josse, par Jean-Pascal Dubost
•"manque" de Dominique Fourcade, par Anne Malaprade
•"Lignées" de Françoise Ascal, par Antoine Emaz
Dernières parutions : livres reçus par Poezibao
[Poezibao a reçu] n° 215, samedi 26 mai 2012
•Amelia Rosselli, Variations de guerre, Ypsilon Éditeur, 23€
•Revue Fario, n° 11, 28€
•Laurent Albarracin, Le Secret secret, Flammarion, 15€
•Françoise Ascal, Lignées, dessins de Gérard Titus-Carmel, coll. Ecri(peind)re, Aencrages & Co, 21€, (note d'Antoine Emaz)
•Paol Keineg, Abalamour, dessins de François Dilasser, Les Hauts-Fonds, 16,50€
•Alain Frontier, La Poésie, Belin, 9€
•Christophe Manon, Cache-Cache, Les Éditions Derrière la salle de bains
•Pier Paolo Pasolini, Sonnets, traduction et postface de René de Ceccaty, édition bilingue, Poésie/Gallimard n° 476, 9,90€
•Denis Ferdinande, Une phrase, juste, Atelier de l’Agneau, 14€
•Gaston Marty, Hommage à cette ville qui sut boire ses amants sable et vent, coll. Phoibos, Éditions de l’Atlantique, 16€
•Les poussières du vent se lèvent tôt, photographies de Bamako, Michel Calzat, textes de Joël Bastard et de Thierry Renard, La Passe du vent, 20€
•Jacquy Gil, Trois jours et trois nuits dans ma capitelle, coll. Phoibos, Éditions de l’Atlantique, 14€
•Jean-Louis Sbille, Mamamama, textes à dire, bookleg #84, Maelstromrevolution, 3€
•Janine Modlinger, Une lumière à peine, carnets, coll. Phoibos, Éditions de l’Atlantique, 19 €
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 26 mai 2012 à 11h04 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao.
•Amelia Rosselli, Variations de guerre, Ypsilon Éditeur, 23€
•Revue Fario, n° 11, 28€
•Laurent Albarracin, Le Secret secret, Flammarion, 15€
•Françoise Ascal, Lignées, dessins de Gérard Titus-Carmel, coll. Ecri(peind)re, Aencrages & Co, 21€ (note d'A. Emaz)
•Paol Keineg, Abalamour, dessins de François Dilasser, Les Hauts-Fonds, 16,50€
•Alain Frontier, La Poésie, Belin, 9€
•Christophe Manon, Cache-Cache, Les Éditions Derrière la salle de bains
•Pier Paolo Pasolini, Sonnets, traduction et postface de René de Ceccaty, édition bilingue, Poésie/Gallimard n° 476, 9,90€
•Denis Ferdinande, Une phrase, juste, Atelier de l’Agneau, 14€
•Gaston Marty, Hommage à cette ville qui sut boire ses amants sable et vent, coll. Phoibos, Éditions de l’Atlantique, 16€
•Les poussières du vent se lèvent tôt, photographies de Bamako, Michel Calzat, textes de Joël Bastard et de Thierry Renard, La Passe du vent, 20€
•Jacquy Gil, Trois jours et trois nuits dans ma capitelle, coll. Phoibos, Éditions de l’Atlantique, 14€
•Jean-Louis Sbille, Mamamama, textes à dire, bookleg #84, Maelstromrevolution, 3€
•Janine Modlinger, Une lumière à peine, carnets, coll. Phoibos, Éditions de l’Atlantique, 19 €
En faisant un copier/coller du nom de l’auteur et du titre du livre, puis en l’insérant dans la barre du navigateur, il est possible la plupart du temps de trouver en ligne de plus amples informations sur ces livres.
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 26 mai 2012 à 10h56 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
Poezibao a publié tout récemment un long entretien entre Henri Droguet et Jean-Pascal Dubost.
Noms de noms
La nuit donc un vaisselier de brouillards
d'ombres des tourbillons
et de mauvais songes
la splendeur violente archaïque
oubliée laiteuse des galaxies
géantes rouges super
novas et nébuleuses
et sous le ciel sulfure et mercure
poudrerie penderies de nuages
frusques et loques
le quidam errant, le dé-nommé
Untel
qui voit paraître un jour encore
la lumière épaisse étrangement
moussue de l'aube sur l'estuaire
qu'un brick sous-toilé remonte
le vent dévire
le clapot forcit
haubans et balancines cliquent et claquent
un lézard se calfeutre
sous les polypodes les menthes
poivrées bleues les hampes à quenouilles
effilées grenaillues des ombilics
vert jade qui ce même jour
vont fleurir et périr à la fois
s'entend la folle
effrénée jubilante
polyphonie oiselière
et le contrepoint modeste du coucou
le piéton compisse un talus sublunaire
s'étend parmi les herbes songe griffonne:
je est un hôte
il est bon de mourir
à la fin de sa vie
plutôt qu'au début
et ces charretées de siècles
c'est rien moins que
cinq minutes de vent
19 mai 2012
•
Une vie
à son faux pas dessaisi
glorieusement petit petit
corps bio
dégradable il va
mon velu préambulateur
mon hérissé ma nunuche
cacahouète braise
et brisure vertige
petite itou très
immortelle âme pirouette
marionnette
il re-va
l'aube la blanchisseuse
tromblon dans les zazurs
es cieux maigre abîme
vestiaire minéral et fossile
des nuages futurs jette
ses minces hachés rayons jaunes
au bois roussi sombri verdi
qui poudroie
7 avril 2012
Henri Droguet, deux poèmes inédits.
Henri Droguet dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, fiche de lecture de Avis de Passage, extrait 5, extrait 6, Off (parution), extrait 7, extrait 8, extrait 9, ex. 10, Boucans,(par Bruno Fern), Boucans, (par Roger Lahu), ext. 11 , Avis de grand frais, entretien avec Jean-Pascal Dubost
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 25 mai 2012 à 08h17 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Poezibao publie en feuilleton Le Retour d’Arkadina, une pièce de Liliane Giraudon, en 13 épisodes. Voir ici l'avertissement de Liliane Giraudon. (épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) - un fichier pdf de la pièce intégrale sera proposé à la fin de la publication.
A Elle prise du tabac.
B Elle lui tend sa tabatière.
C Un temps.
(silence 10 partition tournée)
(A et B chuchotent le même texte sur C et D en léger décalé)
A Ils entrent par la droite
B Il s’appuie sur une canne
A Il rit
B Il consulte sa montre
A Montrant l’estrade
B Riant
A Il regarde sa montre
B Effeuillant une fleur
A Il rit
B Il consulte sa montre
A Elle entre. Il va rapidement à sa rencontre.
B Très émue
A Lui baisant les mains
B Elle serre vigoureusement sa main
A En riant
B Il va à droite enchantant
A Un temps.
(Silence 10, partition tournée)
Pousser à la révolte et d’un même geste la rendre impossible c’est bien le scénario qui règne partout. Tournez vous et regardez…
(C et D chuchotent le même texte que A et B)
Il surgit de derrière l’estrade.
Citant Hamlet.
(silence 5)
On joue du cor derrière l’estrade.
Il frappe quelques coups avec un bâton puis récite.
Le rideau se lève ; vue sur le lac ; la lune, à l’horizon, se reflète dans l’eau.
Elle, tout de blanc vêtue, est assise sur un bloc de pierre.
Des feux follets apparaissent.
A voix basse.
Supplication et reproche dans la voix.
Un temps.
(Silence 10, partition tournée)
Un massacre parfaitement démocratique.
suite (10) le lundi 28 mai 2012
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 25 mai 2012 à 08h06 dans Feuilleton | Lien permanent
Charles Juliet publie Moisson, un choix de poèmes, aux éditions P.O.L.
que comprendre
comment rendre compte
parfois c’est le dégoût
la détresse
cette fureur du sang
parce que tout avorte
que chaque effort est vain
que rien n’échappe à la faux
ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière
et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes
•
attendre attendre
demeurer inerte
laisser s’approfondir
le silence
mais la faim ronge
s’exacerbe
voudrait me contraindre
à forcer le seuil
surtout
ne rien tenter
ne rien forcer
et d’un mouvement feutré
suspendre l’affût
endurer la brûlure
attendre
encore
attendre
aller plus avant
dans la nudité
qui ouvrira
le passage
Charles Juliet, Moisson, choix de poèmes, P.O.L., 2012, 9€, p. 115 et 154.
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 24 mai 2012 à 09h13 dans Anthologie permanente | Lien permanent
« Une vie entière à poursuivre la lumière, est-ce raisonnable ? » La poésie de Françoise Ascal est bien cette quête, sans doute impossible ou au moins difficile, pour dépasser ou se dégager de ce qui est enchevêtrement intérieur, souffrance et mort. Une quête spirituelle, même si l’on ne ressent à la lecture aucune dimension religieuse à proprement parler. Plutôt la conscience qu’une vie humaine est tout et rien à la fois, fragile et merveilleuse, juste une peau vive pour un temps face au « Tout glouton », « l’infini fossoyeur ».
La poésie d’Ascal maintient la contradiction entre ce qui nous entraîne vers le sombre, les peurs archaïques, les ratés d’enfance, les morts laissés derrière et revenants… et puis une force d’affirmation de vivre, d’un possible bonheur qu’il faut aller chercher sans être jamais sûr de sa durée. Les végétaux, très présents dans ce livre, sont un bon exemple de cette ambivalence :
« C’est un bleu vacillant, qu’un moindre souffle émeut. Il s’étend derrière la ville, oublie le béton, et d’un seul élan simule la mer.
Fleurs de lin.
Corolles sans poids.
Entrer dans cette eau tendre ?
Rustauds faucillant dans mes songes, je vous ai vus, à genoux dans vos champs jusqu’à la nuit.
Celui-là n’était qu’un serf parmi les serfs.
Un sans-nom cloué au sol, comme un clandestin rivé à sa Singer.
Est-ce le bleu de ses yeux – bleu sans âge et sans haine – qui trouble ma vision, ou l’ombre de la corde de lin avec laquelle il s’est pendu ? »
On voit bien ici comment l’adhésion au monde ne peut durablement s’établir en une forme de bien-être, de naïveté béate. Elle se fissure et passe au premier plan l’autre versant du réel : la détresse et le sombre. Le mouvement peut s’inverser, tout aussi bien : on peut partir de l’illisible enfance, par exemple, pour aller vers le clair, le possible, l’ouvert. C’est alors revenir aux « herbes folles de l’enfance fauchées par la grêle », à cette « mémoire ombilicale en forme de laisse », sans se laisser enfermer dans ce passé étouffant. Une phrase résume peut-être le parcours du livre : « Je cherche le passage. »
La fin du livre ne présente d’ailleurs pas une sorte de paix atteinte, de sagesse zen ou autre. Elle indique vivre comme une démarche intérieure à poursuivre, avec et contre soi, à contre-courant du passé qui enlise comme de l’illusion, même poétique :
« La forêt n’est pas vierge, la page n’est pas blanche, et les chemins n’existent pas.
Tu dois marcher longtemps dans le blanc éblouissant du trop-plein de signes, dans le noir incertain des ombres mêlées.
Les morts en attente, alignés comme des troncs, dressent leurs branches défeuillées.
Tu dois marcher sans t’arrêter.
Sans t’encombrer de mots.
Que rien ne te retienne, si tu veux franchir la passe, si tu espères toucher du doigt l’or de l’énigme. »
Les dessins de Titus-Carmel, souvent à partir de structures végétales noires sur fond clair, répondent très bien à la tension des poèmes. D’une part, on peut les saisir comme des grilles sombres interdisant le plus clair, au fond. Mais on peut tout autant être sensible à leur force de surgissement, d ‘élévation végétale que l’on retrouve chez Titus-Carmel dans la série des Jungles ou celle des Feuillées.
[Antoine Emaz]
Françoise Ascal – Lignées
Dessins de Gérard Titus-Carmel
Editions AEncrages & Co
Non paginé
21 €
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 23 mai 2012 à 10h28 dans Notes de lecture | Lien permanent
Poezibao publie en feuilleton Le Retour d’Arkadina, une pièce de Liliane Giraudon, en 13 épisodes. Voir ici l'avertissement de Liliane Giraudon. (épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) - un fichier pdf de la pièce intégrale sera proposé à la fin de la publication.
Ici se place un décor intérieur, sorte de théâtre interne, répons à la pièce de Treplev. Utilisation musicale du cor comme dans la pièce de Tréplev
Importance sonore du cor comme instrument déplacé modern’punk.
Quelqu’un présente façon cabaret performance un « hommage à Tchekhov » (rappel obséquieux c’est l’année de la Russie) « La muette » par Sébastien Smimir le jeune poète punk qui a lu Mallarmé et dont le nom est sur toutes les bouches. Présentation comico-lyrique du poète par une femme qui a l’accent russe très prononcé. Musique punk.
« Bonsoir Bonsoir ! Bientôt la nuit s’achève pour que s’ouvre l’année de la Russie !
En Russie plus qu’ailleurs on a toujours aimé la poésie, Victor Sosnora, il y a peu de temps, nous le rappelait :
Au IXème siècle, la princesse Olga fait enterrer vivants les devins dans une fosse.
Ivan le terrible enferme dans sa cour les meilleurs baladins du pays pour lancer sur eux 300 ours sauvages (on ne retrouvera même pas les os).
Pierre le Grand (qui écrit en hollandais) fait charrier à travers l’empire jusqu’à Petersburg des charriots entiers de livres et d’icônes russes qu’on brûle sur du petit bois.
Moins loin de nous, Maïakovski était gaucher.
Il n’était pas américain mais il écrivait de la main gauche.
Et il tirait de la main gauche.
Il s’est tiré de la main gauche au cœur.
Le corps a été retrouvé sur le flanc gauche.
Il venait de demander simultanément en mariage quatre femmes.
Sa dernière lettre à Staline faisait 17 pages.
Mais pour l’année de la Russie, ce n’est pas vers Pouchkine ni vers Maïakovski (ces champions du pistolet) que se tourne Sébastien Mimir, notre jeune poète mascotte dont le nom est sur toutes les lèvres mais vers Tchekhov !
Sa performance « La muette » ouvre magistralement l’année de la Russie !... »
(ce qui est en caractères gras majuscule défile sur un écran vidéo et ponctue musicalement la mini représentation)
LA MUETTE (4 voix off : A+B+C+D)
(silence 10)
A Une partie du parc, dans la propriété.
(silence 5)
B La large allée qui mène, à partir des spectateurs, dans la profondeur du parc, vers le lac, est barrée par une estrade provisoire, rapidement montée pour un spectacle d’amateurs, si bien que le lac est entièrement caché. À droite et à gauche de l’estrade, des buissons.
(C et D commencent à chuchoter sur le texte de A)
C Quelques chaises, une petite table.
(silence 5)
D Le soleil vient de se coucher : sur l’estrade, derrière le rideau baissé, s’affairent des ouvriers ; on les entend tousser et frapper.
(silence 10 partition tournée)
Entre fuir et se laisser domestiquer, quelle alternative ?
A Ils entrent par la gauche, revenant d’une promenade.
B Songeur.
C Il s’assoit.
D Regardant l’estrade derrière elle.
(Silence 5)
suite (10) le vendredi 25 mai 2012
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 23 mai 2012 à 10h21 dans Feuilleton | Lien permanent
Tags Technorati: Arkadina, Giraudon, La_Mouette, Maïakovski, Tchekhov
« Dans les "langes" des "coupures de journaux", disait Blaise Cendrars, nous arrive "le bébé d’aujourd’hui". Le voici, tout juste démailloté. Son lange est un journal, avec ses rubriques (société, politique, sciences, gastronomie, météo, culture…). Chacune d’elles est recomposée en vers satiriques. Moins pour "châtier les mœurs" que pour dire, bouffonnement, une stupéfaction un peu effrayée »
(Christian Prigent, La Vie moderne, P.O.L., 2012, quatrième de couverture, voir aussi, ici, sur le site de l’éditeur, avec accès aux premières pages du livre)
(du neuf côté procréation)
Au bis repetita des desidera
Ta le tas d’bébés éprouvette est là mais
Si le fruit des entrailles de ce fait est
Un légume va savoir : Ave Maria !
Chère âme (ou Saint-Esprit) ah ça rame ex
Trêmement fortiche en norme hormone pour
Tant ou c’est Eugène qui a pris l’ex
Trait de bon sexe dans la pipette à cour
Toisie pour du coulis d’hormon mâle mau
Vais et bave. Ah Madame en verre si fra
Gile en vous j’aimerais tant comme on fit ja
Dis tortiller de l’alambic et dodo.
•
(au néo-rural)
Ta longère un figuier la nique et thuya
(Total ringard) dézingue à don’f l’effet in
D’albicoque. Idem pisseux le forsythia
Label Cité de Caractère égale spleen
Beauf garanti kitsch te dit Libé. Va pas
Régresser rustique à la margelle en pneus
Ou déchoir plouc total aux petits nains ras
La motte du jardin – après la tomate
C’est pas toi qui la fais prospérer heureuse
Malgré mildiou la cloque ou la vacherie
Forte en mandibule et les intempéries
Mais tu te la prends boum dans la poire honteuse.
109
•
(à un poète)
C’est quoi mecton ton identité rock et tu
La construis comment ta postérité ? Vu
Vite fait dans les actus ou zig zag zap
Pé partout jusqu’à l’épileptique clap
De fin. People sur (face)booké non ? Plu
Tôt le trip absent Maurice Blanchot du
Paf ? Désaffecté de la nébuleuse hype ?
No picturale youtubiquité ? Aïe p
As facile assurer face ou pile une i
Mage au choix pur poète incrusté en marge
Ou survolant overlooké star slam i
Cône à ’roupies fan d’effet sexe au sens large.
137
Christian Prigent, La Vie moderne, P.O.L., 2012, pp. 18, 109 et 137.
Christian Prigent dans Poezibao :
bio-bibliographie, remise du prix Louis Guilloux (article R. Klapka), notes sur la poésie, extrait 1, Quatre Temps, entretien avec B. Gorrillot, (par T. Hordé), ext. 2, Météo des plages (par A. Malaprade), rencontre avec Christian Prigent, note sur la création
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 23 mai 2012 à 10h11 dans Anthologie permanente | Lien permanent